LA FEMME MODERNE

Comment j’ai été amené à écrire ce livre... J’ai choisi d’écrire sur l’Olympia de Manet pour deux raisons : d’abord parce que c’est un tableau que j’aime, bien sûr, ensuite parce que c’est une œuvre dans laquelle les historiens de l’art voient aujourd’hui l’origine de la modernité en peinture.

À force de regarder Olympia, j’ai découvert une chose que je n’avais pas remarquée jusqu’alors : la jeune femme qui pose dans ce tableau est la même que celle qui pose nue avec deux hommes habillés dans Le Déjeuner sur l’herbe. Le peintre, me suis-je dit, a forcément eu recours au même modèle. Qui était donc ce modèle ? La réponse est venue des historiens spécialistes de Manet : le modèle commun s’appelait Victorine Meurent.

Et cette jeune femme n’a pas posé seulement pour Olympia et pour Le Déjeuner, mais pour onze tableaux peints par Manet sur une durée de onze ans, de 1862 à 1873. Victorine a donc bien connu l’artiste, elle a peut-être même été sa maitresse... C’est ainsi que l’idée m’est venue d’en faire la narratrice du roman : c’est par ses yeux que Manet sera vu, c’est par elle que l’histoire sera racontée dans un journal fictif. Restait à s’informer sur Victorine Meurent. Et là, les documents se sont révélés rares. Il m’a fallu glaner des informations sur cette femme à la vie un peu mystérieuse, dont on sait seulement qu’elle fut bien plus que le modèle préféré de Manet puisqu’elle passa par la suite de l’autre côté de la toile, à une époque où devenir artiste peintre n’était pas chose facile pour une femme. Écrire un roman historique est parfois l’occasion d’une enquête...

ALAIN LE NINEZE