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Cette première rétrospective de Juliette Roche depuis les années 1960 vise à faire découvrir une artiste-femme méconnue, peintre, dessinatrice et écrivaine, ayant participé à plusieurs avant-gardes artistiques du début du XXe siècle. « Nous aimons trop de choses différentes », affirmait cette artiste, dont l’œuvre très personnelle reflète plusieurs évolutions picturales de cette période. Peu exposée de son vivant, Juliette Roche, à la fois insolite et discrète, mêle à ses débuts les influences esthétiques. Élève des peintres Maurice Denis et Paul Sérusier à l’Académie Ranson, elle hérite des formes simples, du caractère décoratif et de l’univers symboliste du groupe des Nabis. Dans ses peintures, elle renouvelle les genres traditionnels par une grande liberté de ton.

Elle représente des jardins publics, des scènes urbaines et des lieux de divertissements (sportifs notamment) et montre un intérêt marqué pour le thème du masque. Sa fréquentation dès 1913 des « cubistes des Salons », dont son futur mari, Albert Gleizes, est une figure majeure, la conduira cependant à rythmer ses compositions de découpes géométriques.

 

À New York durant la Première Guerre mondiale, elle participe au groupe Dada aux côtés de Marcel Duchamp et de Francis Picabia qui fait son portrait en manomètre. Ces rencontres introduisent dans la pratique de Juliette Roche l’étrange et l’ironie, sensibles dans ses écrits de l’époque, qui comprennent des compositions typographiques très novatrices.

Elle interrompt ce séjour américain en passant l’année 1916 à Barcelone. Tant à New York, où le monde du spectacle lui inspire de nombreuses compositions, qu’à Barcelone, où elle représente le défilé des passants sur les Ramblas, elle traduit en courbes et contre-courbes le dynamisme de la ville moderne. Malgré son inachèvement, sa peinture monumentale American Picnic (1918), stupéfiante relecture de la Danse de Matisse, propose sa vision utopique d’un Âge d’or où les considérations ethniques et la différenciation des sexes n’auraient plus cours.

Après la Première Guerre mondiale, Juliette Roche multiplie les natures mortes, les portraits féminins et les autoportraits, tout en se consacrant à des travaux d’illustrations et d’art décoratif, comme en témoignent d’étonnants panneaux de céramiques reprenant ses thèmes de prédilection. En 1927, avec son mari, elle fonde à Sablons (Isère), les « Coopératives artistiques et artisanales de Moly-Sabata », résidence d’artistes toujours en activité sous l’égide de la Fondation Albert Gleizes. Elle cesse de peindre après la disparition de son mari en 1953.

L’exposition qui comprendra une centaine de peintures, dessins et céramiques, pour la plupart inédits, retracera la trajectoire artistique et littéraire de Juliette Roche. Celle-ci sera éclairée par une large présentation de ses archives personnelles afin de cerner au plus près l’identité de celle qui se désignait comme « la dame en peau de léopard » qui « boit du whisky et parle d’art » (Demi cercle, 1920)

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