Chagall et la musique

De ses débust à Vitebsk, sa ville natale de Russie blanche, à son arrivée à Saint-Paul-de-Vence, la musique est omniprésente dans le parcours de Marc Chagall (1887-1985). Nourrie par son univers familial et par ses racines juives hassidiques, cette sensibilité trouve son expression la plus complète dans des représentations d'archétypes qui correspondent à des figures emblématiques universellement reconnues de l'art de Chagall et dans un voyage plastique à travers des langages parlés et écrits. Les opéras et ballets auxquels il a apporté toute sa créativité et l'art monumental dont il s'est passionnément saisi dès le Théâtre d'art juif (Moscou, 1919-1920), Aleko (Mexico, 1942), L'Oiseau de feu (New York, 1945),Daphnis et Chloé (1958) et La Flûte enchantée (New York, 1967) révèlent les liens tissés par l'artiste entre la musique, la scène (décors) et le travail de la matière (costumes). 
Des projets ambitieux tels que le plafond de l'Opéra de Paris (1964) et le programme décoratif et architectural du Metropolitan Opera de New York (1966) témoignent de sa conception d'un art total par l'exploration de l'universalité de la musique et sa représentation dans l'espace. Il poursuit ce travail dans la création de céramiques et de sculptures, par la technique du collage, les grandes compositions peintes, jusqu'aux travaux sur la lumière du vitrail emplissant l'espace des couleurs magiques des sons. 
Au-delà de ce récit plein d'enseignements et de découvertes, ce projet inédit permet surtout d'interroger l'œuvre de Chagall pour mettre en évidence, outre sa connaissance intime de l'art musical, des rythmes et des harmonies, des dissonances vibrantes et des compositions lyriques qui sont inscrits au plus profond d'une expérience toute personnelle du monde que l'artiste habite en témoin engagé.

L’exposition de la Philharmonie de Paris intitulée Marc Chagall : Le Triomphe de la musique explore les créations pour la scène de Marc Chagall, les commandes décoratives et architecturales liées à la musique. Sont réunies environ 300 œuvres(peintures, dessins, costumes, sculptures et céramiques), incluant des installations multimédias notamment grâce à un dispositif exceptionnel développé par le Google Lab autour du plafond de l’Opéra de Paris et un ensemble dephotographies, pour la plupart inédites, dont celles d’Izis prises dans l’atelier de Marc Chagall dans les années 1960.

Les décors que Chagall réalise pour le Théâtre juif de Moscou en 1920, conservés à la Galerie Tretiakov, constituent un décor universel réunissant les arts (Musique, Danse, Théâtre, Littérature) dans une approche d’art total, faisant rayonner la culture et la langue yiddish par l’association du spectacle populaire, de la musique, du rythme, du son et de la couleur. Plus tard, fuyant l’Europe pour les États-Unis, Chagall renouvelle son approche scénique par la découverte de l’espace et de la monumentalité de l’architecture et des paysages américains. En 1942, il crée les décors et les costumes pour Aleko à Mexico, puis pour L’Oiseau de feu à New York en 1945, renouant ainsi avec la musique russe. De retour en France, l’Opéra de Paris lui commande un travail similaire pour Daphnis et Chloé en 1958 (1959 pour la première à l’Opéra de Paris), une collaboration qui culmine en 1962, avec la commande par André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, du célèbre plafond de l’Opéra Garnier, inauguré en 1964. Panthéon musical personnel de l’artiste, il constitue à lui seul un formidable hommage aux compositeurs qui ont marqué l’histoire de la musique. Les nombreuses esquisses inédites de ce projet, également présentées dans ce volet de l’exposition, restituent pas à pas la genèse de la création et les différentes étapes de son processus créatif. Dans toute l’œuvre de Chagall, la musique se manifeste par un surprenant éventail de résonances à travers lesquelles notre temps se révèle enchanteur.

Commissariat scientifique : Ambre Gauthier
Directeur musical : Mikhaïl Rudy

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