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Je suis poète, écrivain, et je n'ai pas l'habitude de faire de la politique. Mais il y a des événements (tragiques) dans la vie qui vous laissent sans voix tant ils relèvent de l’innommable.  Il y a bien sûr eu la Shoah, un désastre humain, terrible, inimaginable, ravageur. Il a mis en cause tant de gens que beaucoup voudraient qu’on n’en parle plus, cherchent à le nier ou même à en effacer la mémoire. Pour tuer une deuxième fois peut-être. Mais on ne peut tuer les morts. Même en profanant leurs tombes…

Je disais donc, il y a des épisodes de l’histoire qui vous marquent à jamais. Car ils sont de l’ordre de la barbarie. Ainsi, il en fut du 11 septembre 2001, qui fit près de 3000 morts...

Récemment eut lieu un meurtre des plus abominables, celui d’Ilan Halimi en 2006. Nul besoin de rappeler les faits, la cruauté et l’acharnement avec lesquels  le gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana a torturé ce jeune homme de 24 ans !  6 ans plus tard, il y eut le tueur Mohammed Merah qui abattit, entre autres, dans une école à Toulouse, des enfants de 8 ans, 6 ans, 3 ans ! Ce lieu même où l’on vient de faire une quenelle… Vous me suivez ?

Il est des moments où vous avez beau ne pas faire de politique, vous êtes submergés par des faits et des images invraisemblables, cruelles, insensées. Ces instants, pour moi, sont particuliers. Impossible de ne pas réagir.

Et hélas, aujourd’hui encore, je me dois de me manifester.  L’ambiance est désolante, l’atmosphère étouffante. La parole fielleuse jusque-là contenue se libère, déchargeant les relents les plus abjects. Temps de crises cherchant boucs émissaires, clichés revenant en force, récupération par de diaboliques individus emplis d’animosité et porteurs de théories révisionnistes, honteuses, abominables, irrespectueuses…  Sidérée de la haine ambiante, des amalgames, de la violence et d'une société en voie de dépérissement, je m’exprime en tant qu’artiste, pour préserver des valeurs, rappeler l’abomination mais surtout, rappeler à la dignité.  Et là, m’est venue l'envie d'inventer un geste anti-quenelle.

Pourquoi ? Parce que le monde est précieux, les hommes sont sa seule ressource "intelligente" et il est bien plus beau de partager amour, amitié, bienveillance, humanisme et poésie qu'aversion et perversion. D’ailleurs, se détestent-ils à ce point, ces hommes,  absents de dignité, pour déverser leur rage et leurs rancœurs à tout-va ? Essaient-ils, en rassemblant à des fins venimeuses des masses les glorifiant, de résorber leurs complexes, trouvant en la détestation, la négation, la grossièreté, la brutalité, la jalousie, des moyens de calmer leur folie ?

 En tant qu’humain, en tant qu’appartenant à cette terre, je souhaite rendre hommage à celle-ci, malgré le cynisme affiché des incitateurs à la haine - voix exprimées lors  de meetings dissimulés sous des sketches pseudo-humoristiques, opérations de tyrannie galvanisant foules de paumés, racistes, antisémites, fascistes, voyous, individus mal dans leur peau, dans leur vie, dans leur identité…

Car face à cette malveillance formulée, face au manque de révérence aux réelles victimes, face à  la folie de meneurs  qui font  du mal-être des gens leur fonds de commerce, exploitent la misère à des fins génocidaires, transforment l’histoire pour leurs intérêts machiavéliques, recherchent une cause à leur penchant pervers, le rappel au Merveilleux est nécessaire. « Denrée » que personne ne peut voler, abolir, attaquer, flamme que sont incapables de détruire les pires dictateurs, lumières que ne sait obscurcir l’obscurantisme, préciosité que sont impuissants à  entamer agitateurs, provocateurs,  indignés des mauvaises causes, malotrus se servant de leurs adeptes à des fins personnelles, financières, politiques, de pouvoir, manipulatrices.

Rien ne justifie la bestialité,  la complicité, le mépris, le silence, la lâcheté.  L’être humain est ainsi fait que toujours le cœur vibrera, palpitera, s’exaltera chez ceux qu’on voudrait tuer, destituer, annihiler. Rien, ni les menaces ni les actes les plus arriérés ni l’horreur commise par ces faiseurs de mal ne peuvent altérer l’intégrité. Car au-delà des comportements vils et bas, bien au-dessus de leur tête, règnent loi et justice qui, si elles ne s’expriment pas toujours de suite, sont la juste course du monde.

Ce monde qui nous réunit ne peut exister dans l’ignominie, il ne peut survivre dans l’indifférence, n’évoluera pas dans le despotisme.

Je me devais d’envoyer ce message.  Pour avertir : prenez garde à ceux qui bafouent l’humanité car ils en sont dépourvus.  Pour envoyer un message de paix et de liberté, mais non sans dénoncer ceux qu’il faut condamner. Pour dire « je ne suis pas de ceux-là », et c’est le but de ce geste. Pour participer  un monde meilleur, celui qui  lie, relie, offre, donne, œuvre, pour le bien de tous !

Contempler, s’extasier, vivre, s’émerveiller. Non en excluant, enviant, délirant. En s’élevant. Choisir son camp. Face à la quenelle, un geste humaniste.

 

Sarah Mostrel, poète, écrivain.

 

Pour effectuer le geste d’amour : mettez une main sur le cœur, la seconde par-dessus la première. Soulevez vos deux mains en mimant le cœur qui bat, en s'en écartant (du cœur) et y revenant. Répétez autant de fois que possible.